Archives de Tag: matthieu balu

Une dernière video et un grand merci !

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Classé dans Demjanjuk, général, vie du blog

Lena, Özil, Wulff

Depuis un mois déjà, un étrange ferveur semble s’être emparée de nos cousins Germains. Rien de très original vu d’ailleurs, mais du point de vue des allemands eux-mêmes, il y a des signes qui ne trompent pas. De manière répétée,  les signes du changement ont fait leur apparition avec force cris, larmes, embrassades. Il y a comme un goût d’exaltation nationale dans l’air, et tout a commencé avec la cérémonie télévisuelle la plus ringarde d’Europe.

Léna, 19 ans, un gentil sourire et une chanson dont je ne peux plus entendre les premières notes sans hurler à la mort, a mis le 31 mai dernier l’Allemagne en transe en remportant le concours tant moqué de l’eurovision. Une joie nationale difficilement imaginable pour des français qui, depuis la trop fameuse Marie Myriam, ont classé le show européen comme expression la plus décomplexé du kitsch  et de la world-music, ne pouvant être regardé ou commenté que sous le prétexte d’une ironie ou d’un second degré de chaque instant. Il n’en était rien ce soir là, côté allemand : tous attendaient avec angoisse les votes slovaques, turques ou danois en faveur de leur championne. L’héroïne de la soirée, gagnante quelques semaines auparavant d’un « popstar » destiné à dénicher le candidat allemand pour l’édition 2010 du concours tant attendu, a donc réuni ses compatriotes dans un grand mouvement de fierté, qui ne s’est essouflé que pour laisser place au Nationalelf.

drapeau allemand

Enfin, le refrain de la victorieuse chanson Satellite s’est perdu dans les échos des klaxons de supporters et des commentateurs sportifs. L’engouement est général, et l’équipe plutôt très bonne; notons au passage que l’émergence du joueur d’origine Turque Özil donne aux journalistes et à l’opinion les mêmes idées sur l’équipe allemande que les français en 98 : au-delà de l’enjeu sportif, on célèbre la Nationalmannschaft comme le reflet d’un pays qui intègre ses minorités. Tout ce côté joyeusement irrationnel des grands événements sportifs se double donc d’un émerveillement face à la solidarité d’un pays uni derrière son équipe, heureux de fêter ses nouveaux héros. Comme la France lorsqu’elle gagnait, il faut voir aujourd’hui les rues munichoises bondées après les matches, les concerts de klaxons et les supporters peinturlurés : c’est une ferveur connue, mais ici elle étonne.

Les drapeaux, surtout : ils sont partout. Aux balcons, aux voitures, dans les bureaux ou sur les visages, les trois couleurs éclatent comme jamais depuis cinquante ans. Comme avec Léna, il semble que les Allemands vibrent d’autant plus qu’ils ne pouvaient pas, qu’ils ne se sentaient pas autorisés à le faire de la sorte jusqu’à très peu de temps auparavant. Il a cinq ans, m’a-t-on dit, un tel spectacle, un tel déferlement de symboles nationaux était incongru, voire inconcevable. C’est dire si l’Allemagne change vite. Bien sûr, ici l’on ne va pas jusqu’à chanter l’hymne lorsqu’il retentit dans les stades sud-africains. Etant donné son histoire (les deux premiers couplets ont été gommé après 45,  en particulier le célèbre « Deutschland Über Alles »), il s’agit là d’un pas que les supporters occasionnels ne peuvent encore franchir, même si les plus grands fans, ceux qui ont fait le déplacement pour aller applaudir leur équipe dans les stades, l’entonnent à pleins poumons. Mais tout de même, le changement est de taille, d’autant plus sans doute que les allemands semblent trouver une joie particulière à secouer, comme le font tous les pays mobilisés derrière un événement sportif, leur étendard alors que leurs parents ne l’auraient pas fait.

A cette occasion, l’analyse du docteur Frei sur la génération actuellement au pouvoir et son désir d’affirmation nationale me semble particulièrement frappante : ce regain de fierté populaire se combine en effet avec une action politique à l’extérieur sans équivalent depuis la fin de la seconde guerre mondiale. L’Allemagne récupère ses outils nationaux, et les Allemands leur confiance. Non pas en l’avenir, non plus en leur gouvernement, même pas dans leur culture nationale, mais seulement dans l’idée que les symboles nationaux peuvent être brandis sans évoquer le nazisme.

Terminons par une anecdote, dans une élection passée bien inaperçue ailleurs qu’outre-Rhin, faute sans doute d’y voir une réelle importance : le nouveau président de la République Fédérale Allemande, Christian Wulff, a été  désigné avant-hier par un collège de grands électeurs à la suite de la surprenante démission de son prédécesseur. L’assemblée, à l’annonce de son choix, l’a chaleureusement applaudi, avant de se lever. Pour chanter, presque en choeur, l’hymne national. Il y a du nouveau chez nos voisins.

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Demjanjuk au théâtre

Pièce LEs Procès Demjanjuk

Le Procès Demjanjuk, photo Markus Kaesler

Le procès du présumé gardien de Sobibor n’intéresse pas que ce blog : l’auteur Canadien Jonathan Garfinkel, qui a donné le 31 mars dernier, à Heidelberg, la première de sa pièce Les Procès Demjanjuk ne s’intéresse pas d’hier au personnage. Il fut en effet l’auteur, dès 2005, de Trials of John Demjanjuk : a Holocasut Cabaret, basée sur la mise en accusation de Demjanjuk par Israël, en 1987.

livre "The Demajnjuk Tirals : a Holocaust Cabaret"

Si le spectacle qu’a eu l’occasion de voir et d’entendre le public allemand se base cette fois sur le procès munichois, il ne s’agit que d’une version revue, actualisée de la première pièce. De quoi s’agit-il? Apparemment d’une farce, avec de nombreux interludes chantés, et un humour cruel,  clownesque, qui fait hésiter le public entre le rire libérateur et le sourire crispé. Lire la suite

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Un entretien avec le docteur Pohl #2 : culpabilité ou victimisation?

Pour le Professeur Norbert Frei, le problème de la mémoire allemande du nazisme, et les débats qui peuvent en résulter au sein de la société allemande, viennent du fait que jusqu’à maintenant, celle-ci n’aurait pas réussi à arrêter le « mouvement pendulaire » entre deux extrêmes : celui de la victimisation et le sentiment de culpabilité.

Partagez-vous, dans votre approche de l’Allemagne depuis 1945, ce point de vue?

Encore une fois, c’est effectivement un des éléments d’explication. Bien sûr, durant les années 50, le discours de victimisation prévalait, aucun doute à ce sujet, et il a décru seulement en partie dans les années 60, puis encore dans les années 80, mais je ne pense pas que l’on puisse vraiment l’interpréter comme un véritable mouvement qui irait d’un côté à l’autre … je crois que c’est beaucoup plus complexe. Une chose, qui est très importante, est bien sûr la chute du communisme dans les années 90, qui a rendu les choses beaucoup plus difficiles parce qu’il existait dorénavant plusieurs type de victimisation, différentes opinions sur le stalinisme en tant que régime criminel.

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Le temps du bilan d’étape


vue ensoleillée de Munich

Depuis décembre dernier, j’essaie de prendre une photo de la relation de l’Allemagne à son passé. Pour une large part, j’ai publié les interviews sur ce blog, qui a évolué au même rythme que les paroles dont m’ont enrichi les uns et les autres.

Il y a tant à dire. La question de « l’après catastrophe » est inépuisable, tant elle mêle identité, besoin de vérité et détachement. Interroger des jeunes Allemands, comme je l’ai fait à plusieurs moments, mais plus notablement à l’ouverture du blog, était un moyen de commencer l’étude avec une image, une émotion en tête. Celle d’une jeunesse informée mais loin d’être passionnée par le sujet; non pas gênée par mes questions, mais encombrée par un message dont elle est abreuvée depuis longtemps.

Il y a eu ensuite, bien qu’elles aient commencé parallèlement, les interviews d’experts, d’historiens de l’Allemagne contemporaine. Avec un questionnement qui touchait, au départ, simplement à l’histoire de la dénazification, j’ai pu aborder avec Herr Möller (dont le script de l’interview devrait enfin être approuvé avant d’être in extenso sur Le dernier jugement), puis Jean-Paul Bled, le rapport actuel des allemands à la nation. Sans en faire un système, les deux professeurs ont appuyé, chacun à leur manière, sur le fait que les Allemands d’aujourd’hui ont encore les yeux largement rivés sur la période nazie. S’il y a eu une évolution, elle est sans doute dans le fait qu’aujourd’hui l’expérience du nazisme se réduise peu à peu au champ historique, et déborde (un peu) moins sur les autre thèmes : politique, morale, jeunesse …

La conférence du Professeur Frei a introduit l’idée de progression comme quelque chose d’ordonné. Voir la réflexion sur le nazisme comme le fruit d’un affrontement régulier change tout ou presque : cette thèse m’a donné une grille de lecture nouvelle. Le pas suivant serait donc de comprendre à quel stade du balancier les Allemands en sont aujourd’hui, et si mon intuition de départ était, finalement, totalement erronée : le procès Demjanjuk, le tournant du siècle ne seraient pas un moment particulier, seulement une phase nouvelle d’un mouvement pendulaire, entre culpabilité et victimisation. Je ne crois pas pourtant qu’il faille tout réduire à cela, et le dernier de mes interviewés non plus.

J’ai eu en effet la chance, juste ce matin, d’avoir un long entretien avec le Docteur Dieter Pohl, historien de l’Allemagne et de l’Europe de l’Est post-guerre mondiale, mais aussi politologue. Ses réponses ont été claires, anglophones (je me suis promis que j’arriverai à mener ma prochaine interview en allemand!) et très, très intéressantes. Je regrette de ne pouvoir en dire plus aujourd’hui, mais il devra relire le script avant que je puisse le publier. Je révélerai seulement qu’il a un point de vue un peu différent de celui de ses confrères Möller et Frei sur le sentiment actuel des Allemands…mais il y a aussi des recoupements qui ne trompent pas.

Maintenant, comment continuer ? Par où prendre la question tout en se servant des connaissances déjà recueillies? Je ne vais pas faire de pause, mais je pense que je dois pour un moment arrêter l’expertise et reprendre le « terrain » : voir et entendre ce que dit l’Allemagne sur elle-même, pour le confronter aux théories précédentes.

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Il y a quelques jours …

statue dachau

Le déporté inconnu de Dachau (oeuvre de Fritz Koelle)

Il y a quelques jours, ma compréhension de l’évolution de la mémoire allemande depuis la fin de la guerre a fait un bond. Voilà une perplexité qui s’efface, alors que la théorie qui m’a été proposée est sans faille.
Son promoteur, tout d’abord : Norbert Frei, professeur à l’université d’Iéna, spécialiste mondialement réputé du national-socialisme et de ses conséquences sur les nation allemande après 45. De passage à Munich, il a donné la semaine dernière, dans une petite salle du centre ville, une conférence dont le propos était à la fois limpide et profond, le parfait mélange d’un grand chercheur qui sait aussi se rendre accessible.

Dire que se relever du nazisme, survivre après une telle expérience et s’accommoder du poids de l’histoire n’a pas été sans crise est une évidence; mais montrer que la dynamique de dépassement s’est trouvée dans la rencontre de trois générations, trois expériences qui vont entrer en conflit pour faire évoluer la vision que l’Allemagne a d’elle-même, voilà tout le propos de Frei. Lire la suite

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Actualité du procès – récapitulatif au 25/02

A la suite des deux témoignages effectués durant le mois dernier par deux rescapés du camp, puis des enqûeteurs de Ludwigsburg, la cour a pu entendre hier le récit d’un personnage très attendu : Alex Nagorny, lui aussi un Trawniki, a été entendu sur ses rapports avec Demjanjuk lorsqu’ils étaient tous deux formés par les nazis, puis au camp de Flössenburg (Bavière), où ils ont été, un temps, tous deux gardiens.

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