Archives de Tag: allemagne

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Un rapide billet pour en introduire un autre, dans quelques jours au plus : l’Allemagne a entamé sa coupe du monde hier, avec de l’envie dans les jambes. Bien sûr le bar du coin était rempli, bien sûr les rues ont vibré à chaque envolée de l’étonnant Klose vers les buts d’australiens agressifs mais débordés, mais c’est le fleurissement de drapeaux, des couleurs allemandes brandies à tous les balcons qui aurait de quoi faire disserter sur l’impact du sport sur les symboles nationaux. A ce qu’on m’a dit, à ce que j’ai compris, cet attirail universel du supporter, maquillé, encapé, coiffé aux couleurs de son pays était impensable dans l’Allemagne d’il y a cinq ans. Ne tirons pas non plus de conclusions hâtives, et gardons-nous d’utiliser le terme passe-partout de « décomplexé » : disons seulement que j’ai vu hier un excellent match aux supporters heureux de leur étendard.

Oserai-je tirer sur l’ambulance en ajoutant que l’écart de niveau avec l’équipe de France était si important que je me demande ce qui a bien pu advenir depuis 2006 ?

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Karl Jaspers et l’âme allemande

couverture La culpabilité allemande

Voilà. En guise de participation du dernier jugement aux cérémonies du souvenir se déroulant ces jours-ci, il me faut chroniquer un livre, ou plutôt un essai philosophique. Il est court, 120 pages à peine, et se dévore avec attention. La culpabilité allemande, de l’Allemand Karl Jaspers, est un travail impossible, presque une anomalie dans le champ de ruine de l’après-guerre.

Le contexte, d’abord : la première parution de ce livre, sous le titre Die Schudfrage (« La question de la culpabilité ») date de 1946, Lire la suite

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Décidemment, il faut lire Die Zeit

immeuble coupé

Pour patienter avant l’obtention (enfin!) d’un rendez-vous dans une école allemande, je farfouille par à-coup dans les articles de journaux qui pourraient m’en dire plus sur l’Allemagne contemporaine et le souvenir de la deuxième guerre mondiale. Et je ne pouvais pas passer sur celui-ci sans en faire un petit commentaire ici.

Intitulé « Une étude de l’identité allemande », le texte paru il y a un an dans l’hebdomadaire de référence Die Zeit reprend les données publiées par l’Université de Hohenheim, sous l’impulsion de la fondation pour l’identité.

Il s’agissait, à l’occasion des 60 ans de la fondation de la RFA, de mesurer l’attachement des Allemands à leur pays : 2000 personnes ont ainsi été interrogées, répondant à des questions permettant de quantifier leur attachement à leur pays mais aussi de classer leur rapport à la nationalité allemande en quatre catégories :les Allemands « distants », « de coeur », « de culture » et les Allemands « de base » (pardonnez la traduction maison, je n’ai pas trouvé mieux). Lire la suite

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Ces videos d’anonymes, bonnes à quoi?

drapeau allemand, Residenz München

Alors que je continue  à mettre en ligne mes interviews courtes à de jeunes allemands, il est important de faire le point sur leur utilité et leurs limites.

Une première remarque, d’abord, m’a été faite à plusieurs reprises sur le côté trop homogène des personnes interrogées : des étudiants, cela veut dire un âge tournant toujours autour de la vingtaine, et un niveau social qui, bien que variable, reste cantonné à une partie du spectre de la société allemande. Bref, la vision donnée serait partielle, et les réponses apportées insuffisantes pour avoir un tableau complet,  une idée vraie de ce que pensent, de ce que ressentent les allemands dans leur ensemble.

Je suis bien sûr d’accord avec l’idée qu’il faudrait arriver à varier plus les sources de mes témoignages anonymes. Mais étant le sujet, c’est loi d’être aussi simple. Comme vous l’avez  peut-être vu à l’occasion de ma toute première video, j’ai d’abord tenté d’aller là où je pensais rencontré les individus aux horizons les plus divers. Seulement, après quelques heures, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : même en prenant un maximum de précautions, les gens, qu’ils aient trente ou soixante ans, ne veulent pas répondre, et encore moins en face d’une camera. Je n’en tire d’ailleurs aucune conclusion par rapport à l’objet de ce blog. Il est parfaitement compréhensible que l’on ait pas envie de parler de son pays et du nazisme, encore moins auprès d’un étranger, quand le lien est déjà rappelé sans cesse par les documentaires, les commémorations ou même les histoires familiales.

Mais c’est un fait, je n’ai pas pu approcher la « société allemande » dans son ensemble en interrogeant, sans aucune retenue, tous les profils au gré de mes déambulations dans les rues munichoises. Non, j’ai dû réfugier mon micro dans une enceinte à l’ambiance bien spécifique, un faculté où j’étais certain, dès le début, d’obtenir de meilleurs résultats. Personne là-bas, à de rarissimes exceptions près, n’a refusé de me répondre. Les couloirs de la Ludwig Maximilians Universität sont donc, jusqu’à maintenant, le seul et unique lieu de mes interviews rapides.

Pourtant, malgré cette limite claire, je ne crois pas qu’il faille réduire l’expérience : les avis que je recueille sont très divers, et ne cessent d’approfondir, d’ajouter de nouvelles couleurs au tableau que je tente de mettre au point. Bien sûr, toute idée d’exhaustivité est exclue, mais cela n’a jamais été mon ambition. Je crois de plus qu’interroger des personnes, non pas deux ou trois, mais des dizaines, à des périodes, permet d’avoir une variété de réactions suffisante pour poser sa réflexion sur des bases concrètes. Il est indéniable que même en prenant l’avis de cent, ou même de mille personnes, de resterai dans l’anecdotique, et que toute prétention de représentativité serait absurde.  Alors, à la hauteur de mes moyens, j’écoute les réactions et considère qu’elles font toutes, au même titre, partie de l’image contrastée qu’a l’Allemagne d’elle-même.

De ces videos, je ne tire pas de conclusions encore. Pas de billet qui les reprennent toutes, pas maintenant : ça n’empêche qu’elles sont l’un des piliers de ce blog. J’ai besoin d’entendre des allemands parler d’eux pour ne pas tomber dans l’analyse théorique, dans une réflexion qui n’aurait rien à voir avec la réalité. Ils sont, bien plus que les entretiens avec des spécialistes de l’histoire allemande, mon lien avec ce qui est vraiment. Avec mes questions rapides, j’essaie de m’adresser au moins autant à leurs émotions qu’à leur capacité de réflexion. Difficile de faire le tri d’ailleurs, d’autant qu’il ne faut pas le faire : la manière dont ils prennent le temps ou non de réfléchir à mes questions est déjà un élément intéressant!

Les prochaines interviews courtes que je réaliserai seront sans doute centrées sur un thème un peu différent : je veux aborder la relation des allemands au passé nazi par l’angle de la vision actuelle qu’ils ont de leur pays, et j’ai d’ailleurs l’espoir qu’en m’y prenant bien, j’arrive cette fois à accrocher au bout de ma caméra d’autres profils que ceux des étudiants de la LMU.

Comme à chaque fois, je ne sais pas où ce mouvement me mènera, ni même s’il peut me conduire quelque part, mais j’ai hâte de vous le raconter.

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Classé dans interview, vie du blog

Le temps du bilan d’étape


vue ensoleillée de Munich

Depuis décembre dernier, j’essaie de prendre une photo de la relation de l’Allemagne à son passé. Pour une large part, j’ai publié les interviews sur ce blog, qui a évolué au même rythme que les paroles dont m’ont enrichi les uns et les autres.

Il y a tant à dire. La question de « l’après catastrophe » est inépuisable, tant elle mêle identité, besoin de vérité et détachement. Interroger des jeunes Allemands, comme je l’ai fait à plusieurs moments, mais plus notablement à l’ouverture du blog, était un moyen de commencer l’étude avec une image, une émotion en tête. Celle d’une jeunesse informée mais loin d’être passionnée par le sujet; non pas gênée par mes questions, mais encombrée par un message dont elle est abreuvée depuis longtemps.

Il y a eu ensuite, bien qu’elles aient commencé parallèlement, les interviews d’experts, d’historiens de l’Allemagne contemporaine. Avec un questionnement qui touchait, au départ, simplement à l’histoire de la dénazification, j’ai pu aborder avec Herr Möller (dont le script de l’interview devrait enfin être approuvé avant d’être in extenso sur Le dernier jugement), puis Jean-Paul Bled, le rapport actuel des allemands à la nation. Sans en faire un système, les deux professeurs ont appuyé, chacun à leur manière, sur le fait que les Allemands d’aujourd’hui ont encore les yeux largement rivés sur la période nazie. S’il y a eu une évolution, elle est sans doute dans le fait qu’aujourd’hui l’expérience du nazisme se réduise peu à peu au champ historique, et déborde (un peu) moins sur les autre thèmes : politique, morale, jeunesse …

La conférence du Professeur Frei a introduit l’idée de progression comme quelque chose d’ordonné. Voir la réflexion sur le nazisme comme le fruit d’un affrontement régulier change tout ou presque : cette thèse m’a donné une grille de lecture nouvelle. Le pas suivant serait donc de comprendre à quel stade du balancier les Allemands en sont aujourd’hui, et si mon intuition de départ était, finalement, totalement erronée : le procès Demjanjuk, le tournant du siècle ne seraient pas un moment particulier, seulement une phase nouvelle d’un mouvement pendulaire, entre culpabilité et victimisation. Je ne crois pas pourtant qu’il faille tout réduire à cela, et le dernier de mes interviewés non plus.

J’ai eu en effet la chance, juste ce matin, d’avoir un long entretien avec le Docteur Dieter Pohl, historien de l’Allemagne et de l’Europe de l’Est post-guerre mondiale, mais aussi politologue. Ses réponses ont été claires, anglophones (je me suis promis que j’arriverai à mener ma prochaine interview en allemand!) et très, très intéressantes. Je regrette de ne pouvoir en dire plus aujourd’hui, mais il devra relire le script avant que je puisse le publier. Je révélerai seulement qu’il a un point de vue un peu différent de celui de ses confrères Möller et Frei sur le sentiment actuel des Allemands…mais il y a aussi des recoupements qui ne trompent pas.

Maintenant, comment continuer ? Par où prendre la question tout en se servant des connaissances déjà recueillies? Je ne vais pas faire de pause, mais je pense que je dois pour un moment arrêter l’expertise et reprendre le « terrain » : voir et entendre ce que dit l’Allemagne sur elle-même, pour le confronter aux théories précédentes.

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Interview du professeur Bled – La « normalisation » du nazisme est un danger

La question à laquelle répond aujourd’hui Jean-Paul Bled, professeur à la Sorbonne, est la version brute, sans détour de ce qui est l’obsession de ce blog. Le temps passe, avec lui les générations : comment alors doit-on faire avec l’inouï, l’abîme du nazisme qu’on connu les grands-parents des jeunes Allemlands d’aujourd’hui?

J’avais donc décidé de poser la fameuse question du temps qui passe et de son rôle. La réponse apportée par monsieur Bled est sans ambiguïté; j’ajouterai, qu’en c’est en tant que réponse d’historien que cette analyse prend tout son sens.

Ainsi l’inouï doit le rester. L’Histoire n’est donc pas faite pour se répéter, ce qui est rassurant, mais pour s’en protéger les exactions nazies ne devront jamais être traitées différemment  que comme des événements « hors normes ». Au regard d’un historien, cela veut dire qu’il y a là une période qui sort du cadre froid de l’étude des actions humaines, pour rentrer dans l’appréciation morale. La « distanciation » est vue comme un processus subi, et le rappel permanent de l' »anormalité » comme un devoir.

Il semble qu’il y ait dans le nazisme une barrière franchie, un point de « non-retour » au sens propre. Cela veut-il dire que les Allemands devront toujour entretenir le même rapport à leur passé? 

A demain pour la suite de l’interview.

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Un discours qui apprend, mais ne libère pas

tables fac

Ce billet était prêt depuis plusieurs jours : je l’ai terminé, en fait, juste avant mon interview avec le Professeur Möller, dont vous allez entendre parler longuement durant les semaines qui viennent. Il s’agit ici de trouver les premières conclusions à tirer des interviews dont une partie a été mise sur le blog. En les interrogeant, en les écoutant, j’ai eu le sentiment d’un décalage entre la manière dont leur est enseigné le totalitarisme nazi, et les conditions d’un dialogue sur le même thème dans le cadre intime.

Une catastrophe sans équivalent, un traitement forcément différent

Aujourd’hui, alors que visage de l’Allemagne réunifiée n’a évidemment rien de comparable à celui qu’il présentait un demi-siècle plus tôt, le problème de la mémoire collective et des conséquences qu’un tel événement peut avoir sur les consciences se pose toujours.

Alors que la génération ayant connu la guerre s’éteint doucement, c’est aujourd’hui à celle des petits-enfants ( entre 18 et 30 ans) de se trouver à la croisée des chemins : celle des souvenirs individuels, dont sont porteuses chaque familles, mais aussi de la mémoire institutionnelle. Depuis les premières années d’école, les jeunes allemands ont ainsi été sensibilisés à la période du national-socialisme, prévenus du déchaînement d’horreur qu’a été le totalitarisme nazi. Chaque année scolaire est ainsi concernée, et le programme fera toujours un détour, abordera le sujet sous un angle précis.

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