Harald Schmidt et le Nazometer

Avant mon arrivée en Allemagne, une petite histoire m’avait été contée, et a suffisamment éveillé mon intérêt pour que je demande, une fois arrivé, quelques éclaircissements. C’est une anecdote ancienne de quelques années, mais qui a toute sa place ici par la bonne mesure qu’elle donne du chemin parcourus par les citoyens allemands quant aux tabous du passé nazi.

A la fin du mois d’octobre 2007, le très célèbre présentateur de Talk-show Harald Schmidt, accompagné de son acolyte Oliver Pocher, ont décidé d’enrichir leur émission quotidienne sur la chaîne publique ARD, très inspirée du « Daily Show » américain par son thème principal (la politique) et son ton (très ironique), d’un petit appareil en forme de lanterne, surnommé le « nazometer« .

Le nazometer

Harald Schmidt et son nazometer

L’étrange objet était alors présenté comme capable de mesurer, de réagir proportionnellement à la « quantité de nazisme » contenue dans certains mots anodins de la langue allemande. Autobahn (autoroute)? Réaction instantanée!  Wolfsburg (ville créée par Hitler pour accueillir les usines Volswagen)? Léger tressaillement. Gel douche AntiFa (jeu de mots sur la marque « Fa » et le mot l’abréviation du terme Antifasciste)? Nouvel affolement de l’appareil!

Ce moment de l’émission, finalement assez court, va provoquer sur le plateau l’hilarité générale, en raison de la fausse ingénuité de deux partenaires et du rôle de l’appareil qui va incarner une troisième personne, gardien des frontières du politiquement correct, mais aussi témoin imparable d’un passé qu’on ne peut oublier, le voudrait-on de toutes ses forces. Lire la suite

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Karl Jaspers et l’âme allemande

couverture La culpabilité allemande

Voilà. En guise de participation du dernier jugement aux cérémonies du souvenir se déroulant ces jours-ci, il me faut chroniquer un livre, ou plutôt un essai philosophique. Il est court, 120 pages à peine, et se dévore avec attention. La culpabilité allemande, de l’Allemand Karl Jaspers, est un travail impossible, presque une anomalie dans le champ de ruine de l’après-guerre.

Le contexte, d’abord : la première parution de ce livre, sous le titre Die Schudfrage (« La question de la culpabilité ») date de 1946, Lire la suite

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Journée de la Libération du fascisme : en Allemagne aussi, mais oui!

Manifestant Allianz

Nous y voilà. En ce 2 mai 2010, la « Fête du souvenir » a lieu dans la jolie ville de Dachau, dont le château ancienne résidence des ducs de Bavière, pillée d’ailleurs par les libérateurs américains un peu trop amoureux de plafonds baroques; justice fut heureusement faite quelque mois plus tard, et l’œuvre en question rendue. C’est un 2 mai, en effet, que les portes du KZ de Dachau Lire la suite

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Décidemment, il faut lire Die Zeit

immeuble coupé

Pour patienter avant l’obtention (enfin!) d’un rendez-vous dans une école allemande, je farfouille par à-coup dans les articles de journaux qui pourraient m’en dire plus sur l’Allemagne contemporaine et le souvenir de la deuxième guerre mondiale. Et je ne pouvais pas passer sur celui-ci sans en faire un petit commentaire ici.

Intitulé « Une étude de l’identité allemande », le texte paru il y a un an dans l’hebdomadaire de référence Die Zeit reprend les données publiées par l’Université de Hohenheim, sous l’impulsion de la fondation pour l’identité.

Il s’agissait, à l’occasion des 60 ans de la fondation de la RFA, de mesurer l’attachement des Allemands à leur pays : 2000 personnes ont ainsi été interrogées, répondant à des questions permettant de quantifier leur attachement à leur pays mais aussi de classer leur rapport à la nationalité allemande en quatre catégories :les Allemands « distants », « de coeur », « de culture » et les Allemands « de base » (pardonnez la traduction maison, je n’ai pas trouvé mieux). Lire la suite

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Retour à l’école

LMU fontaine de nuit

Depuis quelques jours, me voilà en contact avec plusieurs écoles (d’enseignement secondaire) du quartier, pour pouvoir enfin m’intéresser de près à l’éducation que reçoivent les jeunes allemands. Il est primordial que j’arrive à avoir une vue, même parcellaire, de la manière dont ils voient leur histoire, et la façon dont elle leur est présentée.

Ce blog en est arrivé à un point où il me faut réfléchir à la ligne d’arrivée. Existe-t-elle d’abord? Lire la suite

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Actualité du procès au 14/04

statut Koenigsplatz peinture couteau

Il y a quelques semaines déjà que je n’avais parlé de l’avancement du procès Demanjuk, point de départ, pourtant, de ce blog.

C’est hier, alors que le procès était jusqu’ici marqué par le silence presque total de l’accusé face à ses accusateurs et aux différents experts s’étant succédé à la barre, que son avocat Ulrich Busch a enfin pris la parole, rapport Die Zeit.

Dans une déclaration signée de la main de son client, le défenseur à la manière dont, depuis trente ans, son sort a été ballotté entre Israël, les Etats-Unis et la Pologne, sans qu’aucun tribunal n’apporte la preuve de sa culpabilité. Pour ce procès enfin, c’est « de force » qu’il a été « déporté » pour répondre a des accusations « entièrement fausses ».

Dans une seconde partie, c’est l’Allemagne elle-même qui fut montrée du doigt : coupable de l’avoir rendu « esclave » après avoir envahi son pays et brûlé sa maison, forcé de travailler son la menace d’être tué à la moindre désobéissance, comme des milliers de ses compatriotes enrôlés comme Trawnikis . Sans d’ailleurs indiquer sil était oui ou non présent à Sobibor, Demajnjuk a donc, par la voix de son avocat, dénoncé l’ensemble de la procédure comme un acharnement, et montré le pays qui le juge aujourd’hui comme le seul coupable des atrocités commises à l’époque.

Il a enfin critiqué ses conditions de détention, dénonçant le procès comme une « torture » à l’égard d’un vieillard de 90 ans.

Si cette déclaration ne nous apprend rien de nouveau, elle renforce l’idée que la défense de Demjanjuk ne se base pas sur une contestation des faits mais une dénonciation de la forme et des conditions de l’accusation. Mettre en lumière l’acharnement judiciaire contre lui tout comme son grand âge, ainsi que pointer du doigt l’Allemagne comme seul véritable responsable équivaut à un simple mot d’ordre : ce n’est pas l’endroit, ce n’est plus le moment. Mais quel accusé prétendrait le contraire?

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Demjanjuk au théâtre

Pièce LEs Procès Demjanjuk

Le Procès Demjanjuk, photo Markus Kaesler

Le procès du présumé gardien de Sobibor n’intéresse pas que ce blog : l’auteur Canadien Jonathan Garfinkel, qui a donné le 31 mars dernier, à Heidelberg, la première de sa pièce Les Procès Demjanjuk ne s’intéresse pas d’hier au personnage. Il fut en effet l’auteur, dès 2005, de Trials of John Demjanjuk : a Holocasut Cabaret, basée sur la mise en accusation de Demjanjuk par Israël, en 1987.

livre "The Demajnjuk Tirals : a Holocaust Cabaret"

Si le spectacle qu’a eu l’occasion de voir et d’entendre le public allemand se base cette fois sur le procès munichois, il ne s’agit que d’une version revue, actualisée de la première pièce. De quoi s’agit-il? Apparemment d’une farce, avec de nombreux interludes chantés, et un humour cruel,  clownesque, qui fait hésiter le public entre le rire libérateur et le sourire crispé. Lire la suite

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