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Nuremberg à l’UNESCO (ou l’inverse)



Nuremberg en Ruine - 1945

Voilà qui ajoutera un léger filet d’eau à mon moulin, une nouvelle si insignifiante en elle-même qu’elle a bénéficié, au mieux, d’un paragraphe dans quelques périodiques d’outre-Rhin : la ville de Nuremberg est candidate à l’accession auprès de l’UNESCO au statut de patrimoine mondial de l’humanité. Dans une belle unanimité, SPD au pouvoir et CDU viennent dans ce but de voter un plan de rénovation de la ville faisant appel aux fonds fédéraux, pour un engagement total de 70 millions d’euros.

Ce n’est pas la première fois que la ville bavaroise dépose un dossier auprès de l’organisation mondiale pour la culture : en 1998, déjà, les magnifiques remparts médiévaux qui l’entourent avaient passé l’examen sans succès . La ville, construite à l’aube de l’an mil, ne manque pas en effet de bijoux d’architectures et de témoignages dans une ville fortifiée qui a plutôt bien survécu aux bombardements alliées.

Une différence de taille, pourtant, dans cette candidature à l’échéance lointaine, probablement vers 2017-18 : le tribunal, le mémorial et le centre de documentation, mais aussi le stade des grands défilés nazis font partie de la brochure. Lire la suite

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4-0

Un rapide billet pour en introduire un autre, dans quelques jours au plus : l’Allemagne a entamé sa coupe du monde hier, avec de l’envie dans les jambes. Bien sûr le bar du coin était rempli, bien sûr les rues ont vibré à chaque envolée de l’étonnant Klose vers les buts d’australiens agressifs mais débordés, mais c’est le fleurissement de drapeaux, des couleurs allemandes brandies à tous les balcons qui aurait de quoi faire disserter sur l’impact du sport sur les symboles nationaux. A ce qu’on m’a dit, à ce que j’ai compris, cet attirail universel du supporter, maquillé, encapé, coiffé aux couleurs de son pays était impensable dans l’Allemagne d’il y a cinq ans. Ne tirons pas non plus de conclusions hâtives, et gardons-nous d’utiliser le terme passe-partout de « décomplexé » : disons seulement que j’ai vu hier un excellent match aux supporters heureux de leur étendard.

Oserai-je tirer sur l’ambulance en ajoutant que l’écart de niveau avec l’équipe de France était si important que je me demande ce qui a bien pu advenir depuis 2006 ?

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La démission d’Horst Köhler, ou l’après-45 permanent

Horst Köhler

Coup de tonnerre hier à Berlin. A la surprise générale, Angela Merkel comprise, le président de la République Fédérale Allemande, Horst Köhler, a annoncé qu’il se retirait de ses fonctions, à la moitié seulement de son mandat.

La raison peut étonner, en particulier vue de l’hexagone où les pouvoirs distribués par la constitution et la place de celle-ci dans l’espace public ont si peu en commun : Köhler aurait outrepassé sa fonction, le rôle strictement borné que lui attribue la loi fondamentale de 1949. En Allemagne en effet, le rôle du président (nomination du chancelier, représentation)est à comparer comparer à celui du souverain en Angleterre, mais assorti d’un contrôle démocratique strict;  élu pour cinq ans par collège de parlementaires et de représentants des Länders, il ne peut voir son mandat renouvelé qu’une fois. Il constitue pourtant la clef de l’édifice constitutionnel, le garant des institutions.

Quelle faute grave a-t-il alors pu commettre pour entraîner une réaction si définitive, et l’embarras d’un gouvernement qui n’en avait pas vraiment besoin? Une déclaration ambigüe, tellement d’ailleurs qu’elle n’a d’abord pas suscité de réaction. Le 22 mai dernier, lors d’un déplacement en Afghanistan, le président Horst Köhler avait ainsi déclaré à la radio publique Deutschlandradio Kultur :

«[…] un pays de notre taille et notre orientation commerciale, avec notre dépendance au commerce extérieur, doit également veiller en cas de besoin, par une opération militaire d’urgence, à protéger ses intérêts, comme les itinéraires de libre-échange afin de prévenir, par exemple, toute instabilité régionale, qui en réduisant la sécurité pèserait sur nos chances – dans le commerce, l’emploi et le revenu.  »

Cette phrase, une fois sortie dans des médias à plus grande audience, a embrasé les opposants à la guerre en Afghanistan, le parti Die Linke en tête, et mis mal à l’aise les partenaires d’Angela Merkel. Köhler justifierait donc la guerre pour des motifs économiques? Alors qu’outre-Rhin, le débat sur l’engagement de troupes à l’étranger n’a pas cessé depuis 2001, l’occasion était trop belle pour certains d’y voir un écart de langage révélateur des vrais buts poursuivis : non pas la paix et la démocratie, mais la soumission économique et la sécurisation des routes commerciales.

« Impérialisme », le mot honni n’a pas tardé à fuser par la voix même des grands medias, le président devenant même « Kaiser Horst Ier » pour le Süddeutsche Zeitung du 27 mai : les échos de cette déclaration font peur, même à ceux qui soutiennent l’action de la Bundeswehr à l’étranger.  Alors que l’Allemagne effectue enfin un retour sur la scène militaire et diplomatique internationale, un tel débordement « risque de nuire à l’acceptation de la mission de la Bundeswehr à l’étranger », souligne ainsi Thomas Oppermann, chef du groupe parlementaire SPD au Bundestag. La CDU elle-même, soutien habituel d’un président très populaire, a jugé ces propos maladroits.

Rien ne dissipera le trouble ni ne calmera le débat, pas même la rectification apportée par les service présidentiels expliquant que ces propos portaient non sur l’Afghanistan, mais sur les côtes somaliennes où les pays occidentaux, mais aussi la Chine, envoient régulièrement patrouiller des frégates pour dissuader les pirates. Horst Köhler, que l’on disait déjà fatigué du pouvoir, miné par les attaques du monde politique, s’est donc retrouvé au coeur d’accusations qu’il n’a pu supporter.

Qu’un débordement comme celui-ci mène à la démission du chef de l’Etat serait impensable ailleurs qu’en Allemagne. Tout, dans ce débat sur la véritable utilité d’une force militaire en Afghanistan, ramène aux peurs et aux leçons des années brunes. Le pouvoir de l’armée (l’une des dernières qui soient constituées de conscrits), le contrôle strict de sa mission et les critiques qu’elle suscite, et enfin la critique tâtillonne des paroles du président : tout ici découle de la constitution de 1949, et de l’état d’esprit dans laquelle elle fut adoptée.

La réflexion d’Horst Köhler n’aurait pas suscité autant d’émoi ailleurs que dans ce pays où l’on a tant appris à se méfier du recours à la force, et des libertés prises avec le contrôle démocratique.

Notons d’ailleurs que la démission du président, toute exceptionnelle qu’elle soit, n’est pas une première depuis l’après-guerre : Heinrich Lübke dû lui aussi, en 1969, démissionner suite à une campagne de dénigrement orchestrée par le journal Der Stern sur son passé. Son crime? Avoir dessiné, alors qu’il avait 25 ans, les plans de baraquement servant à des camps de concentration…à quarante ans d’écart, c’est bien le même écho qui fait trembler le paysage politique allemand.

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Le dernier jugement sur RFI !

Logo Atelier des Medias

Hier, fut une journée rude pour le parquet de l’appartement comme pour mes ongles : à midi plus quelques minutes, Ziad Maalouf et son copilote Cédric Maloudji, animateurs de la web-émission Mondoblog, m’ont appelé pour une petite causerie à propos du pourquoi du blog et de ses conclusions. Ma manie de faire les cent pas au téléphone ne sortira pas guérie de cet entretien, et mon ego sur-dimensionné non plus. Merci infiniment à tous les deux, et merci à vous qui me lisez.

Ecouter l’émission en intégralité (11 minutes)

La page de l’émission

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Journée de la Libération du fascisme : en Allemagne aussi, mais oui!

Manifestant Allianz

Nous y voilà. En ce 2 mai 2010, la « Fête du souvenir » a lieu dans la jolie ville de Dachau, dont le château ancienne résidence des ducs de Bavière, pillée d’ailleurs par les libérateurs américains un peu trop amoureux de plafonds baroques; justice fut heureusement faite quelque mois plus tard, et l’œuvre en question rendue. C’est un 2 mai, en effet, que les portes du KZ de Dachau Lire la suite

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Décidemment, il faut lire Die Zeit

immeuble coupé

Pour patienter avant l’obtention (enfin!) d’un rendez-vous dans une école allemande, je farfouille par à-coup dans les articles de journaux qui pourraient m’en dire plus sur l’Allemagne contemporaine et le souvenir de la deuxième guerre mondiale. Et je ne pouvais pas passer sur celui-ci sans en faire un petit commentaire ici.

Intitulé « Une étude de l’identité allemande », le texte paru il y a un an dans l’hebdomadaire de référence Die Zeit reprend les données publiées par l’Université de Hohenheim, sous l’impulsion de la fondation pour l’identité.

Il s’agissait, à l’occasion des 60 ans de la fondation de la RFA, de mesurer l’attachement des Allemands à leur pays : 2000 personnes ont ainsi été interrogées, répondant à des questions permettant de quantifier leur attachement à leur pays mais aussi de classer leur rapport à la nationalité allemande en quatre catégories :les Allemands « distants », « de coeur », « de culture » et les Allemands « de base » (pardonnez la traduction maison, je n’ai pas trouvé mieux). Lire la suite

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Actualité du procès au 14/04

statut Koenigsplatz peinture couteau

Il y a quelques semaines déjà que je n’avais parlé de l’avancement du procès Demanjuk, point de départ, pourtant, de ce blog.

C’est hier, alors que le procès était jusqu’ici marqué par le silence presque total de l’accusé face à ses accusateurs et aux différents experts s’étant succédé à la barre, que son avocat Ulrich Busch a enfin pris la parole, rapport Die Zeit.

Dans une déclaration signée de la main de son client, le défenseur à la manière dont, depuis trente ans, son sort a été ballotté entre Israël, les Etats-Unis et la Pologne, sans qu’aucun tribunal n’apporte la preuve de sa culpabilité. Pour ce procès enfin, c’est « de force » qu’il a été « déporté » pour répondre a des accusations « entièrement fausses ».

Dans une seconde partie, c’est l’Allemagne elle-même qui fut montrée du doigt : coupable de l’avoir rendu « esclave » après avoir envahi son pays et brûlé sa maison, forcé de travailler son la menace d’être tué à la moindre désobéissance, comme des milliers de ses compatriotes enrôlés comme Trawnikis . Sans d’ailleurs indiquer sil était oui ou non présent à Sobibor, Demajnjuk a donc, par la voix de son avocat, dénoncé l’ensemble de la procédure comme un acharnement, et montré le pays qui le juge aujourd’hui comme le seul coupable des atrocités commises à l’époque.

Il a enfin critiqué ses conditions de détention, dénonçant le procès comme une « torture » à l’égard d’un vieillard de 90 ans.

Si cette déclaration ne nous apprend rien de nouveau, elle renforce l’idée que la défense de Demjanjuk ne se base pas sur une contestation des faits mais une dénonciation de la forme et des conditions de l’accusation. Mettre en lumière l’acharnement judiciaire contre lui tout comme son grand âge, ainsi que pointer du doigt l’Allemagne comme seul véritable responsable équivaut à un simple mot d’ordre : ce n’est pas l’endroit, ce n’est plus le moment. Mais quel accusé prétendrait le contraire?

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