Décidemment, il faut lire Die Zeit

immeuble coupé

Pour patienter avant l’obtention (enfin!) d’un rendez-vous dans une école allemande, je farfouille par à-coup dans les articles de journaux qui pourraient m’en dire plus sur l’Allemagne contemporaine et le souvenir de la deuxième guerre mondiale. Et je ne pouvais pas passer sur celui-ci sans en faire un petit commentaire ici.

Intitulé « Une étude de l’identité allemande », le texte paru il y a un an dans l’hebdomadaire de référence Die Zeit reprend les données publiées par l’Université de Hohenheim, sous l’impulsion de la fondation pour l’identité.

Il s’agissait, à l’occasion des 60 ans de la fondation de la RFA, de mesurer l’attachement des Allemands à leur pays : 2000 personnes ont ainsi été interrogées, répondant à des questions permettant de quantifier leur attachement à leur pays mais aussi de classer leur rapport à la nationalité allemande en quatre catégories :les Allemands « distants », « de coeur », « de culture » et les Allemands « de base » (pardonnez la traduction maison, je n’ai pas trouvé mieux).

Sans s’attarder sur le sens de chacune de ces catégories, considérons seulement que les Allemands « distants » (13% des personnes intérrogées) sont ceux qui manifestent le moins d’attachement à leur pays, et auraient plutôt préféré naître ailleurs, sans pour autant être insensibles aux succès (industriels, par exemple) que peut rencontrer leur pays; les Allemands « de coeur » (8%) vont se référer à un sentiment pour expliquer leur attachement, quand les allemands « de culture » (16%) vont plutôt mettre l’accent sur le besoin de conserver les formes d’expressions de la nationalité, comme le drapeau, et ont tendance à se prononcer pour un patriotisme plus affirmé. Les Allemands « de base » , enfin, croisent tous les types d’attachement , et représentent à peu près la moitié de la population interrogée.

Au-delà de cette classification, qu’expriment-ils dans leur relation à leur pays, et à son passé? Le message est clair, parce qu’il est massivement partagé : à 83,6%, les Allemands déclarent ne plus vouloir se sentir honteux pour le « passé » de leur pays, et 74,6% pensent que le temps qui a passé, malgré cette histoire très lourde, permet maintenant de se sentir fier d’être Allemand à nouveau.

Il faut, en revanche, noter avec intérêt que lorsque la question de la RDA est abordé, presque 40% des personnes interrogées déclarent vouloir que l’on parle plus des crimes commis par le régime socialiste de l’époque.

Dans son ensemble, l’étude appuie avec force l’idée que les Allemands souhaitent que leur pays ait plus confiance en lui-même, appelant, à 72,9%, à plus de respect pour leur identité nationale et culturelle. Sans surprise, ce point de vue ses combine avec une volonté de voir leur pays retrouver une pleine place dans la communauté internationale : ils sont 62% à vouloir une Allemagne militairement plus impliquée dans les opérations internationales.

Une critique enfin, se dégage, tout à fait en ligne avec les constations précédentes : ils sont 53,1% à penser que les médias et l’école donnent trop rarement une image positive de la « germanité ». L’étude conclut donc que les Allemands n’ont jamais eu, depuis la naissance de la RFA, un rapport si décontracté à la nation, et à leur sentiment d’appartenance commun.

C’est extrêmement intéressant pour le tableau qu’essaie de brosser ce blog, et plutôt dans la lignée de ce que j’ai pu observer jusqu’ici : les Allemands se sentiraient en droit d’être plus fier de leur pays que l’image qui leur est renvoyé par le biais des médias et des institutions, déliés par le temps qui passe d’une certaine culpabilité. Ces chiffres assez parlants nous renvoient aussi à l’idée que le travail qui a été fait sur la deuxième guerre mondiale pourrait bien rester à faire sur les sombres années de la RDA. Mais comment entamer une telle mise en cause alors que l' »ostalgie » est encore une réalité dans bien des Länder à l’Est, ravagés par chômage et, tiens donc, touchés par une franche montée des néonazis aux dernières élections.

Mais lire les résultats de ce sondage m’a conforté dans l’idée qu’il me faut absolument parler avec des professeurs, et comprendre comment est enseigné la nazisme au enfants. C’est décidément un point fondamental dans la compréhension de la position allemande face à ce thème.

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3 Commentaires

Classé dans actualité, histoire, vie du blog

3 réponses à “Décidemment, il faut lire Die Zeit

  1. Sujet très intéressant en effet… J’aimerais faire traduire votre billet en allemand (mais aussi en espagnol, italien et anglais).
    Nous venons de lancer la 1ère revue de blogs européens sur internet (depuis la France). Motorisée par Wikio, elle s’appelle E-Blogs.
    Contactez-moi 😉
    @ bientôt j’espère…

  2. Bonjour, j’ai essayé de poster un 1er commentaire mais il a disparu… Je vous propose de faire traduire ce billet (dans une version + courte) en 4 langues pour la « revue de blogs européens » lancé sur Wikio.fr hier : E-Blogs…
    Vous avez mon mail. N’hésitez pas…
    Cathy NIvez

  3. Just want to say what a great blog you got here!
    I’ve been around for quite a lot of time, but finally decided to show my appreciation of your work!

    Thumbs up, and keep it going!

    Cheers
    Christian, iwspo.net

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