Demjanjuk au théâtre

Pièce LEs Procès Demjanjuk

Le Procès Demjanjuk, photo Markus Kaesler

Le procès du présumé gardien de Sobibor n’intéresse pas que ce blog : l’auteur Canadien Jonathan Garfinkel, qui a donné le 31 mars dernier, à Heidelberg, la première de sa pièce Les Procès Demjanjuk ne s’intéresse pas d’hier au personnage. Il fut en effet l’auteur, dès 2005, de Trials of John Demjanjuk : a Holocasut Cabaret, basée sur la mise en accusation de Demjanjuk par Israël, en 1987.

livre "The Demajnjuk Tirals : a Holocaust Cabaret"

Si le spectacle qu’a eu l’occasion de voir et d’entendre le public allemand se base cette fois sur le procès munichois, il ne s’agit que d’une version revue, actualisée de la première pièce. De quoi s’agit-il? Apparemment d’une farce, avec de nombreux interludes chantés, et un humour cruel,  clownesque, qui fait hésiter le public entre le rire libérateur et le sourire crispé. La pièce évoquerait la personnalité de Demjanjuk, ses souvenirs, son incompréhension face à des accusations qui le mettent en face d’une histoire qui le dépasse.

Si l’auteur se passionne pour l’ancien nazi, c’est parce qu’il est, d’après lui, un « symbole » : il serait le mal, celui que nous cherchons par tous les moyens à incarner, pour mieux s’en distancier. La chasse aux nazis puis les grands procès télévisés, ou largement médiatisés, seraient ainsi plébiscités par l’opinion pour leur côté expiatoire, quand bien même l’accusation repose sur des éléments trop minces (le procès israélien s’était ainsi terminé par un acquittement). Sans en faire une victime, et sans d’ailleurs chercher à se placer sur ce terrain, l’auteur rendrait une forme humaine à ce qui n’est pour nous qu’une image, qu’un reflet des erreurs humaines.

Le fait que l’auteur ne soit pas allemand devrait l’exclure de ce blog, mais qu’une telle pièce soit donnée en Allemagne est trop intéressant pour ne pas être vu comme un élément de réponse possible sur l’état de la société par rapport au souvenir. Ainsi la pièce incarne-t-elle, pour beaucoup de critiques, la démonstration ultime que la tabou autour des crimes nazis n’existe pas : par ses blagues lourdes, ses chansons grossières ou cette légèreté grinçante, l’auteur donnerait la clef d’un passé surmontable. Débarassé en particulier de ce que Die Zeit appelle les « préoccupations rituelles » (Betroffenheitsrituale). Au-delà de la thèse de la pièce, le fait que l’on puisse triturer le souvenir pour en faire une farce où se mélange « bons » et « mauvais » dans une comédie absurde, ne serait-il pas un bon élément pour voir dans la société allemande d’aujourd’hui un grand détachement par rapport à son histoire?

Ce n’es pas si simple, bien sûr : une pièce comme celle-ci est classée à l’avant-garde, et si elle ne suscite pas de levées de boucliers massives, reste vue comme très iconoclaste. La critique de Die Zeit nous explique que, malgré ses défauts, la pièce parvient à donner aux allemands, aux jeunes en particulier, la possibilité de s’intéresser au passé nazi tout en surmontant le « kitsch » qui lui est associé. Toucher le sujet, donc, en se débarassant d’une certaine lourdeur officielle que j’ai déjà abordé dans ce blog. A voir. Il est certain, en tous cas, que le fait qu’une telle pièce soit donnée en Allemagne, et alors que le procès n’est pas fini, place la barre très haut en matière de liberté d’expressio.

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Classé dans actualité, Demjanjuk, procès.

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