Ces videos d’anonymes, bonnes à quoi?

drapeau allemand, Residenz München

Alors que je continue  à mettre en ligne mes interviews courtes à de jeunes allemands, il est important de faire le point sur leur utilité et leurs limites.

Une première remarque, d’abord, m’a été faite à plusieurs reprises sur le côté trop homogène des personnes interrogées : des étudiants, cela veut dire un âge tournant toujours autour de la vingtaine, et un niveau social qui, bien que variable, reste cantonné à une partie du spectre de la société allemande. Bref, la vision donnée serait partielle, et les réponses apportées insuffisantes pour avoir un tableau complet,  une idée vraie de ce que pensent, de ce que ressentent les allemands dans leur ensemble.

Je suis bien sûr d’accord avec l’idée qu’il faudrait arriver à varier plus les sources de mes témoignages anonymes. Mais étant le sujet, c’est loi d’être aussi simple. Comme vous l’avez  peut-être vu à l’occasion de ma toute première video, j’ai d’abord tenté d’aller là où je pensais rencontré les individus aux horizons les plus divers. Seulement, après quelques heures, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : même en prenant un maximum de précautions, les gens, qu’ils aient trente ou soixante ans, ne veulent pas répondre, et encore moins en face d’une camera. Je n’en tire d’ailleurs aucune conclusion par rapport à l’objet de ce blog. Il est parfaitement compréhensible que l’on ait pas envie de parler de son pays et du nazisme, encore moins auprès d’un étranger, quand le lien est déjà rappelé sans cesse par les documentaires, les commémorations ou même les histoires familiales.

Mais c’est un fait, je n’ai pas pu approcher la « société allemande » dans son ensemble en interrogeant, sans aucune retenue, tous les profils au gré de mes déambulations dans les rues munichoises. Non, j’ai dû réfugier mon micro dans une enceinte à l’ambiance bien spécifique, un faculté où j’étais certain, dès le début, d’obtenir de meilleurs résultats. Personne là-bas, à de rarissimes exceptions près, n’a refusé de me répondre. Les couloirs de la Ludwig Maximilians Universität sont donc, jusqu’à maintenant, le seul et unique lieu de mes interviews rapides.

Pourtant, malgré cette limite claire, je ne crois pas qu’il faille réduire l’expérience : les avis que je recueille sont très divers, et ne cessent d’approfondir, d’ajouter de nouvelles couleurs au tableau que je tente de mettre au point. Bien sûr, toute idée d’exhaustivité est exclue, mais cela n’a jamais été mon ambition. Je crois de plus qu’interroger des personnes, non pas deux ou trois, mais des dizaines, à des périodes, permet d’avoir une variété de réactions suffisante pour poser sa réflexion sur des bases concrètes. Il est indéniable que même en prenant l’avis de cent, ou même de mille personnes, de resterai dans l’anecdotique, et que toute prétention de représentativité serait absurde.  Alors, à la hauteur de mes moyens, j’écoute les réactions et considère qu’elles font toutes, au même titre, partie de l’image contrastée qu’a l’Allemagne d’elle-même.

De ces videos, je ne tire pas de conclusions encore. Pas de billet qui les reprennent toutes, pas maintenant : ça n’empêche qu’elles sont l’un des piliers de ce blog. J’ai besoin d’entendre des allemands parler d’eux pour ne pas tomber dans l’analyse théorique, dans une réflexion qui n’aurait rien à voir avec la réalité. Ils sont, bien plus que les entretiens avec des spécialistes de l’histoire allemande, mon lien avec ce qui est vraiment. Avec mes questions rapides, j’essaie de m’adresser au moins autant à leurs émotions qu’à leur capacité de réflexion. Difficile de faire le tri d’ailleurs, d’autant qu’il ne faut pas le faire : la manière dont ils prennent le temps ou non de réfléchir à mes questions est déjà un élément intéressant!

Les prochaines interviews courtes que je réaliserai seront sans doute centrées sur un thème un peu différent : je veux aborder la relation des allemands au passé nazi par l’angle de la vision actuelle qu’ils ont de leur pays, et j’ai d’ailleurs l’espoir qu’en m’y prenant bien, j’arrive cette fois à accrocher au bout de ma caméra d’autres profils que ceux des étudiants de la LMU.

Comme à chaque fois, je ne sais pas où ce mouvement me mènera, ni même s’il peut me conduire quelque part, mais j’ai hâte de vous le raconter.

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2 Commentaires

Classé dans interview, vie du blog

2 réponses à “Ces videos d’anonymes, bonnes à quoi?

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  2. Maciej

    Ich denke, viele werden sich zum Thema NS-Zeit nicht äußern wollen, weil sie sich zwar mit diesem Thema vielmals beschäftigt haben, aber leider eben nicht richtig. Heute über die NS-Zeit zu sprechen, sollte nicht heißen, die einzelnen Eregnisse abzuklopfen (Kristallnacht, Polenfeldzug usw.) und dabei zu wiederholen « wir sind schuld, wir sind schuld ». Melanie meinte in dem Interview, es fehlt am Gegenwartsbezug, wenn man sich mit der ganzen Thematik beschäftigt. Ich würde eher sagen, es sollten im Zusammenhang mit der NS-Zeit universele, immer aktuelle Fragen gestellt werden. Wenn man nämlich über die Vergangenheit spricht, geht es nicht um bloße historische Fakten und Zahlen, sondern mehr um eine Diskussion wie hier im Blog, bei der der heutige Standpunkt zählt. Ich denke hier z.B. an Fragen, wann und wie wird man zum Täter, was sind die Unterschiede zwischen den « aktiven » und « passiven » (=Schreibtischtäter) Tätern? Also Fragen, die sich stark auf die NS-Zeit, aber nicht nur (!!), beziehen und zum Nachdenken, Diskutieren bewegen, ohne dass man großes Wissen über einzelne historische Eregnisse mitbringen muss.

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