Une balade à Königsplatz

façade temple königsplatz

Avec le retour des beaux jours et les encouragements d’un franc soleil, Munich connaît depuis une semaine un brusque réveil. Plus de grandes artères sans touristes, de places sans étudiants, de jardins sans promeneurs…j’ai pris moi aussi ma part dans cette joyeuse pagaille, pour m’intéresser un peu à l’un des endroits les plus singuliers de la capitale bavaroise : Königsplatz.

Etrangeté néoclassique faite de deux temples gigantesque construits dans un face à face immobile, fermée à l’Ouest par les colonnades massives des Propylées, fille du très actif Ludwig I, elle est conçue comme mettant en scène l’opposition des trois styles de la Grèce antique, Dorique, Ionique et Corinthien. Rien sans doute n’incarne plus la démesure des Wittelsbach, famille régnant sur la Bavière depuis le XIIème siècle, que cette place minérale, écrasante.

Pour la faire vivre, un seul moyen : la remplir. La faire grouiller de visiteurs, de curieux, de passants…et la mission est parfaitement remplie : en plus des touristes, les étudiants des facultés présentes un peu partout dans ce quartier viennent s’y retrouver, guetter le soleil sur les marches d’un géant de pierre ou d’un autre. Il n’y a pas aujourd’hui, dans ce gigantisme, d’inhumanité : les deux temples sont aujourd’hui une bibliothèque et un musée d’art antique, quoi de plus naturel.

Le regard ébloui du visiteur occasionnel risque alors de lui faire manquer tous les alentours : les solides bâtisses alentours, conçues à la même époque pour abriter, sans doute, ce que la ville comptait de grande bourgeoisie montante, semblent pleines d’humilité. Le plus notable, après une telle avalanche de hauteurs, est sans doute cet étrange espace vide, comme une pelouse bien tenue, que l’on trouvera quelques mètre plus loin, au 45 Brienner Strasse. Le bâtiment qui se tenait ici, dans un style comparable à celui de ses voisins cossus, a été détruit en 1945.

Brown House

Braunes Haus, 1935

C’était la Braunes Haus, la « maison marron », siège du NSDAP, où les dirigeants du parti, Hitler en tête, avaient leur bureau attitré. Car le quartier était en réalité leur point d’ancrage, le nœud administratif et le centre d’impulsion de toute la propagande nazie : à quelques pas de là, dans l’ombre encore de la douce folie antiquisante, on trouvera le Führerbau (« bâtiment d’Hitler »), encore debout celui-là. C’est dans ce lieu de représentation du parti nazi qu’ont été signés les fameux accords de Munich. Il s’agit aujourd’hui d’une école de musique et de théâtre.

Führerbrau, aujourd'hui

Führerbrau, aujourd'hui

Juste à côté, on trouvera intact la maison abritant le NSDAP Verwaltungsbau (« bureaux »), cœur administratif du parti. Il s’agit aujourd’hui d’un musée.

Institut d'Historie de l'Art - ancien bureau central du NSDAP

NSDAP Verwaltungsbau, aujourd'hui

Dans un quartier cerné par les bâtiments officiels du IIIe Reich, retourner sur ses pas pour retrouver l’absurde grandeur des temples de Ludwig n’est pas sans produire un certain trouble. On connaît en effet l’attirance des nazis pour le gigantesque, l’inhumain. Pire, on fait le lien entre les images que l’on a vu des grands messes nazies, à la lueur des flambeaux, et les proportions de la place. Idéal. Et l’on a raison.

Königsplatz, avril 1938

Königsplatz, avril 1938

Fasciné par l’endroit, le Führer n’a pas hésité à s’en servir dans des buts de propagande. Comme si le lieux manquait de lourdeur, le dictateur l’a transformé en y  faisant construire sur les côtés deux portiques, disparus sous les bombes alliées,mais aussi en cimentant toute la place, pour qu’en véritable champ de Mars elle puisse être foulée par la Wehrmacht en parade.

L’objet de ce blog n’est pas de s’intéresser au passé nazi de ville de Munich (d’autant que certains l’ont fait avec précision), mais il est impossible de ne pas revenir sur le tragique d’une mémoire qui en cannibalise une autre. De mes entretiens avec messieurs Pohl et Möeller, que j’ai largement rapportés dans ce blog, j’avais tiré l’idée qu’une Histoire pouvait en salir une autre,  même si n’existe pas de rapport entre elles. L’exemple de Königsplatz me paraît l’illustrer, et je crois qu’il y à là pour les Allemands un problème plus long, plus complexe que dans le cas des mémoires individuelles.

Extirper l’histoire des salissures du nazisme est un travail ingrat, car il s’agit avant tout de lutter contre images, des clichés ancrés dans les inconscients : la curieuse équation qui fait associer style néoclassique avec nazisme, dans le cas présent, nous  prouve la difficulté de l’entreprise.


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3 Commentaires

Classé dans actualité, histoire

3 réponses à “Une balade à Königsplatz

  1. Pingback: Retour à l’école « Le dernier jugement

  2. Pingback: Harald Schmidt et le Nazometer « Le dernier jugement

  3. Pour les autres images, s’il vous plait regardez ma site qui concerne les places de NSDAP aujourdhui.
    Un mille des pardons pour ma francais!

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