Un entretien avec le docteur Pohl #4 : Et maintenant? Et ensuite?

Cette partie de l’interview est une tentation, toujours un peu absurde, de faire de la prospective, pour ne pas dire de la divination. Et si un jour l’Allemagne dépassait la tandem culpabilité/victimisation? Le Docteur Pohl n’est pas particulièrement optimiste; pire, d’après lui l’holocauste est devenu une pierre fondatrice dans l’Histoire commune que l’Europe se découvre…les liens émotionnels ne sont pas prêts alors de s’affadir.

Une petite remarque avant l’extrait : je trouve particulièrement intéressant qu’il fasse référence, dans sa réponse, à un discours « universel » autour de l’holocauste alors que je comptait moi-même soulever ce point, que j’avais déjà abordé dans un billet précédent. Il en tire, en revanche, des conclusions quasi-inverses : si pour moi rendre les horreurs de la seconde guerre mondiale universelles était un moyen pour l’Allemagne de surmonter l’obstacle de la culpabilité, pour le docteur Pohl, cela contribue au contraire à enraciner l’autocritique dans les mémoires collectives. Qu’en penser?

En France, la Saint-Barthélémy est vue comme une tache terrible dans notre histoire commune; pourtant, il est tout à fait possible de l’enseigner sans précautions particulières, certainement parce qu’il s’agit d’événements trop anciens pour que les citoyens d’aujourd’hui s’y sentent liés.

Dans le cas de l’holocauste, pensez-vous qu’un tel moment pourra un jour arriver, et quand?

« C’est difficile à dire, je fait un mauvais prophète! Franchement, je ne vois pas cela arriver dans un futur proche. C’est maintenant une part de la culture politique en Allemagne et à l’Ouest, mais les choses sont un peu différentes à l’Est. Disons que tout cela va évoluer, mais pas dans un avenir immédiat. Et une chose importante, je crois, et c’est une clef générale pour interpréter la manière dont les Allemands traitent avec leur passé nazi, est la façon dont l’identité nationale a fait contribuer à faire évoluer le discours après-guerre. Nous avions, dans les années 60, beaucoup de d’endroits, de lieux de l’Histoire allemande ayant une portée émotionnelle très forte, par exemple l’endroit du Sac de Magdeburg, pendant la guerre de trente ans. Après ça, le discours national a plus ou moins décliné : et vers le début des années 80, je pense qu’on peut considérer que tout cela s’est perdu. Donc, tout ce que la génération de la seconde guerre mondiale avait en tête, cette héritage, a disparu.

Maintenant nous assistons à ce discours « universel », et je ne m’attends pas à voir cela changer; et l’identité européenne, ou qu’importe la façon dont vous l’appelez, qui est en train d’être créée, ou soutenue par l’Union Européenne, tend fortement dans cette direction, qui est de voir dans l’holocauste un élément fondateur de l’Europe moderne. Il y a eu plusieurs initiatives de prises, dans l’UE, visant à s’occuper de cet héritage, par exemple dans le domaine de la recherche sur l’histoire de l’holocauste; il va aussi y avoir un musée de l’Histoire Européenne à Bruxelles. On peut voir la forme que prennent les choses. Comme dans bien des projets qui touchent à la politique identitaire, il est important de se demander qui en est l’auteur, est quel influence il a sur le projet. Je pense donc, compte tenu de cela, que la tendance actuelle va rester forte. »

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