Un entretien avec le docteur Pohl #2 : culpabilité ou victimisation?

Pour le Professeur Norbert Frei, le problème de la mémoire allemande du nazisme, et les débats qui peuvent en résulter au sein de la société allemande, viennent du fait que jusqu’à maintenant, celle-ci n’aurait pas réussi à arrêter le « mouvement pendulaire » entre deux extrêmes : celui de la victimisation et le sentiment de culpabilité.

Partagez-vous, dans votre approche de l’Allemagne depuis 1945, ce point de vue?

Encore une fois, c’est effectivement un des éléments d’explication. Bien sûr, durant les années 50, le discours de victimisation prévalait, aucun doute à ce sujet, et il a décru seulement en partie dans les années 60, puis encore dans les années 80, mais je ne pense pas que l’on puisse vraiment l’interpréter comme un véritable mouvement qui irait d’un côté à l’autre … je crois que c’est beaucoup plus complexe. Une chose, qui est très importante, est bien sûr la chute du communisme dans les années 90, qui a rendu les choses beaucoup plus difficiles parce qu’il existait dorénavant plusieurs type de victimisation, différentes opinions sur le stalinisme en tant que régime criminel.


D’un autre côté, cela se cristallise autour de débats médiatiques. Aujourd’hui, nous avons eu depuis des années des débats sur l’expulsion des Allemands, le bombardement des Allemands, des populations civiles, etc. Mais quand ce type de débat surgit, les gens tendent d’une certaine façon à s’aligner en « pour » ou « contre » la question soulevée. Donc, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un mouvement pendulaire, qui irait d’un point à l’autre, c’est plus complexe, mais cela se cristallise à cause de la forme que prend le débat.

Et bien sûr, ce n’est pas si évident, mais nous sommes aujourd’hui presque 70 après ces événements, et cela à bien sûr changé dans une certaine mesure la perception, mais si je regarde depuis la période des années 80-90, dont j’ai été le témoin, je dirais que le discours et constant, solide, dans la reconnaissance que les Allemands étaient largement derrière Hitler, et qu’ils étaient responsables des crimes nazis dans la vision qu’en a la société aujourd’hui. Je pense que cela est considéré comme accepté maintenant grâce aux débats qui ont eu lieu dans les années 80 : vous connaissez par exemple les réactions qui ont suivi le discours du président Weizsäcker en 1985 [le président de la RFA avait alors déclaré que les alliés étaient venus « libérer » l’Allemagne]. Or, je ne pense pas que ces propos seraient débattus aujourd’hu; c’est donc une vision plus ancrée, et cela permet de s’intéresser aux autres complexes que les Allemands peuvent avoir par rapport à leur histoire.

J’ajoute qu’évidemment, les vues divergent entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne.

La suite demain!

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2 Commentaires

Classé dans interview

2 réponses à “Un entretien avec le docteur Pohl #2 : culpabilité ou victimisation?

  1. Alex

    Aller de l’avant dorénavant… L’Allemagne plus que tout autre peuple a fait son devoir de mémoire, il reste ancré dans l’imaginaire collectif. De par son histoire, ce pays a désormais la légitimité à impulser l’idéal européen: c’est ce que nous attendons d’eux clairement.

  2. Pingback: Karl Jaspers et l’âme allemande « Le dernier jugement

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