Un entretien avec le Docteur Pohl #1- La jeunesse actuelle face au nazisme

Comme je l’ai évoqué dans mon précédent billet, j’ai eu la chance d’interviewer l’un des experts présents au procès Demjanjuk, le Docteur Dieter Pohl. C’est encore à l’Institut d’Histoire contemporaine de Munich que je me suis donc rendu, armé seulement de mon magnétophone et de ma liste de questions.

Sur les thème de l’évolution de l’attitude allemande face au souvenir du nazisme, mais aussi des moyens actuels d’y faire face, l’homme a été à la fois clair et savant. Un entretien qu’il nous faudra méditer, digérer sur ce blog, afin d’approcher d’un peu plus près une photographie de l’Allemagne à l’heure du dernier procès nazi. A ce propos, l’unique restriction de cet entretien portait sur le procès lui-même : en tant qu’expert à la cour, il lui était formellement interdit de m’en parler tant que le verdict n’est pas rendu. Un second rendez-vous pourrait s’imposer…

Voici en tous cas la première question de notre entretien, qui en compte une dizaine.

Le souvenir de l’expérience nazie dans l’inconscient collectif allemand n’a pas eu le même effet suivant les générations. Aujourd’hui, si j’interroge de jeunes adultes à propos de cette période, ils me paraissent à la fois très informés, très sensibilisés, et en même temps, pour une large partie d’entre eux, ils semblent se désintéresser de la question.

Qu’en pensez-vous? Partagez-vous cette vision, et comment l’analysez-vous?

Il y a une certaine tendance qui constitue une part de l’explication de votre constat : il y a eu trois générations dans l’immédiat après-guerre; la première s’est impliquée dans le nazisme, et ne veut donc pas, dans la plupart des cas, parler d’un sujet aussi critique; aujourd’hui, nous sommes d’une certaine manière au milieu de deux générations, celle qui a été capable de parler de ce sujet, et qui s’étale des années soixante années au années quatre-vingts, même quatre-vingt-dix; la troisième, la dernière, est donc un peu plus distante avec la guerre. Je pense pourtant que la question générationnelle n’est qu’un élément d’explication parmi d’autres.

Comme vous l’avez dit, à l’interieur de la jeunesse allemande, certains ne s’intéressent pas à la deuxième guerre mondiale, d’autres en revanche le sont beaucoup. J’appartiens moi-même plus ou moins à la génération du milieu, puisque je suis né en 1964, et mon idée personnelle est que ce détachement ou cet intérêt ont beaucoup à faire avec ce que j’appellerais le matraquage médiatique à propos du nazisme, qui a lieu depuis une trentaine d’années maintenant; depuis les années quatre-vingts, on en parle à la télévision, dans les médias en général, à l’occasion des commémorations, etc. Et c’est bien sûr un sujet très abordé à l’école : moi-même, par exemple, ait eu à étudier l’histoire du nazisme dans trois classes différentes. Pourtant je le répète : l’argument générationnel n’est pas suffisant [dans l’analyse de l’attitude actuelle de la société allemande].

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Classé dans interview, procès.

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