Le temps du bilan d’étape


vue ensoleillée de Munich

Depuis décembre dernier, j’essaie de prendre une photo de la relation de l’Allemagne à son passé. Pour une large part, j’ai publié les interviews sur ce blog, qui a évolué au même rythme que les paroles dont m’ont enrichi les uns et les autres.

Il y a tant à dire. La question de « l’après catastrophe » est inépuisable, tant elle mêle identité, besoin de vérité et détachement. Interroger des jeunes Allemands, comme je l’ai fait à plusieurs moments, mais plus notablement à l’ouverture du blog, était un moyen de commencer l’étude avec une image, une émotion en tête. Celle d’une jeunesse informée mais loin d’être passionnée par le sujet; non pas gênée par mes questions, mais encombrée par un message dont elle est abreuvée depuis longtemps.

Il y a eu ensuite, bien qu’elles aient commencé parallèlement, les interviews d’experts, d’historiens de l’Allemagne contemporaine. Avec un questionnement qui touchait, au départ, simplement à l’histoire de la dénazification, j’ai pu aborder avec Herr Möller (dont le script de l’interview devrait enfin être approuvé avant d’être in extenso sur Le dernier jugement), puis Jean-Paul Bled, le rapport actuel des allemands à la nation. Sans en faire un système, les deux professeurs ont appuyé, chacun à leur manière, sur le fait que les Allemands d’aujourd’hui ont encore les yeux largement rivés sur la période nazie. S’il y a eu une évolution, elle est sans doute dans le fait qu’aujourd’hui l’expérience du nazisme se réduise peu à peu au champ historique, et déborde (un peu) moins sur les autre thèmes : politique, morale, jeunesse …

La conférence du Professeur Frei a introduit l’idée de progression comme quelque chose d’ordonné. Voir la réflexion sur le nazisme comme le fruit d’un affrontement régulier change tout ou presque : cette thèse m’a donné une grille de lecture nouvelle. Le pas suivant serait donc de comprendre à quel stade du balancier les Allemands en sont aujourd’hui, et si mon intuition de départ était, finalement, totalement erronée : le procès Demjanjuk, le tournant du siècle ne seraient pas un moment particulier, seulement une phase nouvelle d’un mouvement pendulaire, entre culpabilité et victimisation. Je ne crois pas pourtant qu’il faille tout réduire à cela, et le dernier de mes interviewés non plus.

J’ai eu en effet la chance, juste ce matin, d’avoir un long entretien avec le Docteur Dieter Pohl, historien de l’Allemagne et de l’Europe de l’Est post-guerre mondiale, mais aussi politologue. Ses réponses ont été claires, anglophones (je me suis promis que j’arriverai à mener ma prochaine interview en allemand!) et très, très intéressantes. Je regrette de ne pouvoir en dire plus aujourd’hui, mais il devra relire le script avant que je puisse le publier. Je révélerai seulement qu’il a un point de vue un peu différent de celui de ses confrères Möller et Frei sur le sentiment actuel des Allemands…mais il y a aussi des recoupements qui ne trompent pas.

Maintenant, comment continuer ? Par où prendre la question tout en se servant des connaissances déjà recueillies? Je ne vais pas faire de pause, mais je pense que je dois pour un moment arrêter l’expertise et reprendre le « terrain » : voir et entendre ce que dit l’Allemagne sur elle-même, pour le confronter aux théories précédentes.

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