Dachau, dans la banlieue de Munich

Visite inévitable hier : le KZ de Dachau, à à peine 20 minutes de S-Bahn (RER) et un terriblement court trajet en bus depuis le centre de la ville, était ma destination.

extérieur camp 1

Il ne s’agit pas ici de décrire par le menu les atrocités commises là-bas, ni de détailler les sentiments qui, immanquablement, saisissent les visiteurs pour les étrangler, les presser jusqu’à démolir la carapace hâtivement forgée avant de franchir le portail – Arbeit macht frei. Même en sachant, en ayant l’impression de savoir, d’avoir lu suffisamment pour avoir au moins le privilège de ne pas être surpris quand l’horreur survient, les premiers pas effectués au milieu des bâtiments encore sur pied sont une chute dans un gouffre, qui ne s’arrêtera que longtemps après avoir fait le chemin inverse.

Le mélange de recueillement et d’effroi donne au lieu tout son paradoxe, qui ne cesse de se répéter. Le camp a été préservé, crochets de boucher compris, mais il s’agit bien d’un musée. Récupéré et agrandi par les nazis, d’abord camp d’internement pour les opposants politiques, il est devenu, après sa transformation en une usine de mort, un centre qu’il faut, que l’on doit absolument voir. Comme ont du le faire les habitants de la petite ville de Dachau en 1945, défilant devant des montagnes de cadavres sous la menace du canon de G.I. ulcérés, fous qu’un tel cauchemar ait pu exister à côté d’humains vivant une vie d’homme.

Intérieur camp 1

C’est à ce point précis que le lien avec le dernier jugement, et la réflexion sur la mémoire allemande, se fait : le camp de concentration de Dachau se trouve aujourd’hui dans la zone industrielle de la ville. A l’époque, les maisons, les fermes bordaient les rues avoisinantes. Pire, l’on trouve dans le musée du camp une interview du maire datant du milieu du années 1930, dans laquelle l’édile se réjouit de l’implantation d’une structure qui, en ces temps de grave crise, pourra apporter du travail à ses infortunés administrés.

Comment a-t-on pu côtoyer ces kilomètres de barbelés, voir passer devant sa porte des colonnes de fantômes en haillons, et entendre les bruits qui, immanquablement, parlaient de tortures et de mort à grande échelle sans réagir? Cette question ne débouchera jamais sur autre chose que sur quelques évidences quant à l’écrasement de l’individu dans un système totalitaire, et l’assurance que la pression sociale est bien plus forte qu’une curiosité que tout le monde trouverait déplacée.

C’est à la situation actuelle que je veux m’intéresser, tant elle reflète ce que je cherche à comprendre. Le camp de Dachau, comme il y a 60 ans, se trouve au cœur d’une zone urbaine ou tous, jeunes et moins jeunes, déambulent. Le point le plus noir de leur histoire est là, ouvert à tous et présentant l’horreur sans fard, indiqué tous les jours par les panneaux routiers, le plan de la ville, les lignes de bus municipaux (dont le KZ est l’un des terminus). Comment alors normaliser une relation avec sa propre histoire?

Les interviews que je mène commencent à porter leur fruit, et le début d’une idée sur le sujet se forme. Mais j’ai encore besoin de demander, d’interroger pour être sûr d’aller dans la bonne direction. Alors je commencerai à écrire ce que j’en pense. Cette semaine, sans doute.

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2 Commentaires

Classé dans histoire

2 réponses à “Dachau, dans la banlieue de Munich

  1. focus

    ne doute plus, fonce ! on attend la suite avec impatience…

  2. Pingback: Journée de la Libération du fascisme : en Allemagne aussi, mais oui! « Le dernier jugement

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